[01]Ce qui a changé depuis 2024
Pendant longtemps, la délivrabilité relevait des « bonnes pratiques ». Ce n'est plus le cas. Le 1er février 2024, Google a rendu obligatoires des exigences pour tous les expéditeurs vers Gmail, avec un niveau renforcé au-delà de 5 000 messages par jour. Yahoo a publié des règles équivalentes. Microsoft a suivi pour ses boîtes grand public (Outlook.com, Hotmail, Live) à partir du 5 mai 2025.
Puis, en novembre 2025, Google a ajouté un avertissement à sa FAQ : « Starting November 2025, Gmail is ramping up its enforcement on non-compliant traffic », comme l'a relevé Spam Resource. Les messages non conformes sont davantage différés ou rejetés.
0,3 %
0,1 %
5 000
2 jours
[02]Les exigences, fournisseur par fournisseur
| Exigence | Gmail | Yahoo | Outlook.com |
|---|---|---|---|
| SPF et DKIM | Les deux (SPF ou DKIM sous 5 000/j) | Les deux (SPF ou DKIM pour tous) | Les deux |
| DMARC | Obligatoire, p=none accepté | Obligatoire, p=none minimum | Obligatoire, p=none minimum |
| Alignement du domaine « De » | Oui (SPF ou DKIM) | Oui | Oui |
| Taux de spam | Sous 0,3 % (viser 0,1 %) | Sous 0,3 % | Pas de seuil publié |
| Désinscription en un clic | Oui, en-têtes List-Unsubscribe | Oui, + lien visible | Lien fonctionnel exigé |
| Délai de désinscription | — | 2 jours | — |
| En cas de non-conformité | Différé puis rejet | Non précisé | Courrier indésirable puis rejet (550 5.7.515) |
Sources : Google (support.google.com/a/answer/81126), Yahoo Sender Hub, synthèse Mailgun des exigences Microsoft. Vérifiez les pages officielles avant tout changement d'infrastructure.
[03]SPF, DKIM, DMARC : comprendre l'authentification
Ces trois protocoles répondent à une seule question : « ce message vient-il vraiment du domaine qu'il prétend représenter ? »
- SPF (Sender Policy Framework) : un enregistrement TXT qui liste les serveurs autorisés à envoyer pour votre domaine. Si vous utilisez Google Workspace et un outil d'envoi, les deux doivent y figurer.
- DKIM (DomainKeys Identified Mail) : une signature cryptographique ajoutée à chaque message. Google exige une clé d'au moins 1 024 bits et recommande 2 048 bits.
- DMARC : une politique qui dit quoi faire si SPF et DKIM échouent (none, quarantine, reject) et où envoyer les rapports. Une politique p=none suffit pour démarrer.
- L'alignement : le domaine visible dans le champ « De » doit correspondre au domaine validé par SPF ou DKIM. C'est le point qui fait échouer la plupart des configurations « faites à moitié ».
; SPF — un seul enregistrement par domaine exemple.fr. TXT "v=spf1 include:_spf.google.com ~all" ; DMARC — démarrer en observation _dmarc.exemple.fr. TXT "v=DMARC1; p=none; rua=mailto:dmarc@exemple.fr" ; DKIM — la clé est générée par votre fournisseur google._domainkey.exemple.fr. TXT "v=DKIM1; k=rsa; p=MIIBIjANBg..."
[04]Le taux de spam : l'indicateur qui décide de tout
Google mesure le taux de spam dans Postmaster Tools : la part des messages que les destinataires signalent comme spam. La limite de 0,3 % paraît confortable, mais elle se calcule sur ce qui arrive en boîte de réception. Sur 1 000 emails délivrés, trois signalements suffisent à atteindre le seuil. Google recommande d'ailleurs de rester sous 0,10 %.
En prospection, le premier levier contre les plaintes n'est pas technique : c'est la pertinence. Un message envoyé à une entreprise qui correspond à votre cible et vit un événement en rapport avec votre offre a beaucoup moins de chances d'être signalé. C'est tout l'intérêt de la prospection par signaux d'achat.
[05]La désinscription en un clic
Pour les messages marketing et d'abonnement envoyés en volume, Gmail et Yahoo exigent les en-têtes List-Unsubscribe et List-Unsubscribe-Post: List-Unsubscribe=One-Click (norme RFC 8058), ainsi qu'un lien de désinscription visible dans le corps du message. Yahoo demande de traiter la demande sous deux jours.
Même lorsque vos emails de prospection sont envoyés un par un depuis une boîte classique, offrez une sortie simple (« Répondez “stop” et je ne vous écrirai plus ») : c'est aussi une obligation légale en France, détaillée dans notre guide RGPD et prospection B2B.
[06]Bâtir une infrastructure d'envoi saine
- 01
Séparer les domaines
Utilisez un domaine secondaire dédié à la prospection (par exemple exemple-groupe.fr) pour protéger la réputation de votre domaine principal, qui porte vos factures et vos échanges clients.
- 02
Authentifier avant le premier envoi
SPF, DKIM, DMARC et DNS inversé doivent être en place et alignés. Testez avec un envoi vers une boîte Gmail et lisez l'en-tête « Authentication-Results ».
- 03
Monter en charge lentement
Le rapport d'Instantly conseille de démarrer un nouveau domaine à 5 à 10 emails par jour et d'augmenter progressivement sur 4 à 6 semaines.
- 04
Nettoyer la liste avant d'envoyer
Le même rapport recommande un taux de rebond inférieur à 2 %. Vérifiez chaque adresse avec le vérificateur d'email et retirez les domaines sans serveur de messagerie.
- 05
Surveiller chaque semaine
Postmaster Tools pour Gmail, rapports DMARC, taux de rebond et de réponse dans votre outil d'envoi. Une hausse brutale des rebonds est le premier symptôme d'une liste dégradée.
[07]Contenu : ce qui aide (et ce qui nuit)
Les filtres modernes s'appuient surtout sur la réputation et le comportement des destinataires, mais le contenu joue encore. Quelques principes simples :
- Court et en texte brut. Instantly observe que les emails les plus performants comptent moins de 80 mots.
- Peu de liens, pas de pièces jointes au premier contact. Un lien de tracking sur un domaine partagé peut dégrader la délivrabilité.
- Une vraie adresse de réponse. Les réponses humaines sont le meilleur signal positif qu'un fournisseur de messagerie puisse recevoir.
- Des relances espacées de trois à quatre jours, selon le même rapport, plutôt qu'un pilonnage quotidien.
[08]Diagnostiquer une chute de délivrabilité
| Symptôme | Cause probable | Première action |
|---|---|---|
| Rebonds en hausse | Liste ancienne ou adresses devinées non vérifiées | Suspendre, vérifier la liste, retirer les invalides |
| Messages différés (codes 4xx) | Authentification incomplète ou volume trop rapide | Contrôler SPF, DKIM, DMARC et ralentir |
| Rejets (codes 5xx) | Non-conformité aux exigences du destinataire | Lire le code d'erreur, corriger l'authentification |
| Réponses en chute sans rebonds | Arrivée en spam ou ciblage dégradé | Tester un envoi vers des boîtes témoins, revoir le ciblage |
| Taux de spam en hausse | Message jugé non pertinent | Resserrer la cible, réécrire, faciliter la désinscription |
[09]La checklist délivrabilité 2026
- SPF publié, un seul enregistrement, tous les services d'envoi inclus.
- DKIM actif, clé de 2 048 bits si possible.
- DMARC publié (p=none au minimum) et rapports lus.
- Domaine « De » aligné avec SPF ou DKIM.
- DNS inversé (PTR) valide pour les IP d'envoi.
- Taux de spam Postmaster Tools sous 0,1 %.
- Liste vérifiée, rebonds attendus sous 2 %.
- Lien ou mention de désinscription dans chaque message.
- Volume progressif sur les nouveaux domaines.
- Ciblage pertinent : chaque destinataire a une raison de recevoir le message.
La délivrabilité n'est pas un réglage que l'on fait une fois : c'est une hygiène. Avec une infrastructure propre et des listes ciblées, l'essentiel du travail consiste ensuite à écrire des messages qui donnent envie de répondre — c'est l'objet de notre guide sur la séquence de prospection.